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Final Cut Pro X.1.2, une mise-à-jour mineure mais bien venue

Apple est tout de même une drôle de boite dont les motivations et le comportement restent assez obscures. C’est un peu les Assedics de l’informatique : cela ne sert à rien de tenter de calculer votre taux d’indemnisation ou votre carence, c’est impossible. Ces chiffres sont tirés au hasard, dans un grand chapeau. Comme la date de la rentrée scolaire qui tombe parfois le jeudi 3 septembre, parfois le mercredi 31 aout mais il n’y a pas cours… Bref, un mystère.

Par exemple, alors que cela faisait 6 mois que Final Cut Pro X n’avait pas été mis-à-jour et que l’on pouvait s’attendre à beaucoup de nouveautés (en effet, il n’y avait jamais eu autant de temps entre deux versions du logiciel), Apple nous propose une simple évolution de son logiciel de montage, la poétiquement nommée « Final Cut Pro X.1.2« .

Passé une petite pointe de déception, regardons tout de même ce que cette nouvelle version nous propose.

Gestion des médias

C’est LE cheval de bataille d’Apple depuis la version X.1 du logiciel apparue il y a 7 mois de cela. En effet, les développeurs avaient revu en profondeur la gestion des rushes et des montages en introduisant un nouveau concept : celui de la Bibliothèque, sorte de méta-container permettant, entre autres, de regrouper plusieurs travaux (pour en savoir plus, vous pouvez vous référer à l’article précédent).

Jusqu’à maintenant, l’idée qui prédominait à l’introduction des Bibliothèques était relativement simple : tout ce qui concernait un projet (c’est-à-dire : les rushes, leur classement, leur version en basse qualité ou en haute qualité, le(s) montage(s), les rendus, les analyses de fichiers…) pouvait se trouver dans un seul endroit sur le disque dur : le gros fichier .fcpbundle

Cela avait des avantages certains, surtout si l’on transportait son projet d’un ordinateur à un autre.

Bien sûr, le concept était un peu plus souple que cela et il était possible de laisser les rushes à l’extérieur de la Bibliothèque pour ne pas avoir à les copier. Cependant, les rendus et les différents transcodages basse ou haute-qualité des rushes se trouvaient toujours dans la Bibliothèque, ce qui, dans le cas de grosses quantités de médias, pouvait poser des problèmes de places sur le disque dur. En effet, une Bibliothèque ne pouvant se trouver sur plus d’un disque, une fois celui-ci plein, il n’était plus possible de la faire croître.

Avec cette mise-à-jour, Final Cut Pro X peut maintenant externaliser tous les différents fichiers de rendus, d’analyses et de transcodages. La Bibliothèque ne contiendra alors que l’organisation des rushes et leur classement ainsi que les montages.

On peut donc opter pour une organisation très simple où tout est dans la Bibliothèque (idéal pour des monteurs qui se baladent d’un ordinateur à l’autre) à une organisation plus traditionnelle où tous les fichiers médias sont à l’extérieur de cette Bibliothèque (plus pertinent dans le cadre de gros projet nécessitant beaucoup d’espace disque) ainsi que toutes les variations entre ces deux extrêmes (garder les transcodages et les rendus dans la Bibliothèque, que les rendus, ou que les rushes mais pas les transcodages, etc…).

Tout cela se décide dans Final Cut Pro grâce à l’Inspecteur, cette fenêtre qui affiche les différents paramètres et propriété de l’objet (plan, montage, Bibliothèque) sélectionné.

En « Modifiant les réglages », on peut alors choisir où placer les différents types de fichiers.

Mais ce qui est surtout intéressant, c’est que cette décision peut se prendre a posteriori, en plein montage, suivant que le projet change ou que l’on ait plus ou moins bien estimé la méthode la plus pertinente. Par exemple, il est possible de commencer un montage avec les rushes contenus dans le Bibliothèque puis, décider de les externaliser plus tard. Ou l’inverse. Cette opération se fait assez simplement en cliquant sur le bouton « Rassembler » qui n’est autre qu’une traduction pas si bête de « Consolidate ».

Nous ne rentrerons pas ici plus dans les détails mais vous devriez avoir maintenant une petite idée de ce que cela permet.

Il est à noter aussi trois choses sur la gestion des médias :

  • Il est possible d’effacer les transcodages en Proxys (basse qualité) ou en Optimisés (haute qualité) en plus des fichiers de rendus
  • Il est maintenant possible de n’avoir AUCUNE Bibliothèque ouverte dans Final Cut Pro. Personnellement, ça m’angoisse moins.

 

  • Et « Library » est maintenant correctement traduit par « Bibliothèque » partout dans le logiciel et plus « Photothèque ».

Une dernière chose qui a son importance avant de passer à la suite : les Bibliothèques créées avec les versions ultérieures de Final Cut Pro X.1 seront mises-à-jour lors de leur première ouverture sur cette nouvelle mouture. Il vous sera donc impossible de ré-ouvrir vos Bibliothèques sur les versions X.1 et X.1.1. Faisez gaffe, donc.

Imports/Exports

Pas de grande révolution ici non plus. Presque rien à vrai dire. Si ce n’est que :

  • on peut glisser directement des rushes du bureau vers un Évènement (avant, il fallait les glisser dans une Collection de Mots-Clés),
  • il est possible de transformer les Tags (ou balises) mis sur des rushes à partir du Finder en collection de mots-clés,
  • les exports XML peuvent maintenant concernés un ou des plans, Projets, Évènements, Bibliothèques et que la version de ce format d’échange passe à la 1.4 (une petite remarque pour dire que, visiblement, cette version 1.4 du XML ne peut pas être lue par les versions ultérieures de Final Cut Pro X, donc, il n’est pas possible de passer un montage de la X.1.2 vers une version plus ancienne).
  • on peut exporter sur Vimeo en 4K

C’est à peu près tout en ce qui concerne ces domaines. C’est vrai que le nombre de formats que peut importer Final Cut Pro est déjà conséquent mais, il aurait été bien venu que le logiciel puisse enfin gérer les suites d’images par exemple, et le format Ciné DNG. Peut-être une prochaine fois.

Navigateur/Timeline/Inspecteur

C’est un peu dans ce domaine que l’on attendait Apple : Final Cut Pro allait-il enfin utiliser pleinement tous ces concepts (comme les Roles, la Timeline magnétique, etc…) et allait-il proposer des fonctions complètement nouvelles (montage en réseau, analyse des dialogues ou je ne sais trop quoi encore) ? Force est d’avouer qu’il va falloir attendre encore un peu. Mais ils serait de bon ton que les développeurs ne tardent pas trop, la concurrence est toujours là et le logiciel d’étalonnage Da Vinci Resolve se pare même de nombreuses fonctions de montage, gratuitement…

Il y a tout de même quelques améliorations utiles, mais pas de quoi s’évanouir.

  • Pour commencer, Apple a corrigé un petit bug qui pouvait s’avérer pénible : les zones oranges permettant de visualiser la portion des plans qui est déjà utilisée dans un montage ne s’appliquaient pas aux plans « référencés » (à savoir les plans synchronisés, les plans composés et les auditions). C’est maintenant réglé.
  • Toujours au rayon des portions de plan utilisées, il est maintenant possible de n’afficher dans le navigateur que les portions inutilisées. (En revanche, on ne peut toujours pas visualiser les doublons dans la Timeline.)
  • Il est possible de faire des Collections Intelligentes ne montrant que les portions de plans utilisées ou non. Très pratique.
  • On peut trier les Événements au sein d’une Bibliothèque par date ou par nom. Pourquoi… je n’y vois pas d’inconvénients.
  • Sur la Timeline, il devient possible de Glisser un plan se trouvant dans Scénario d’une image vers le début ou la fin du montage en utilisant les raccourcis , (virgule) et ; (point-virgule). Maintenant, qu’est-ce que signifie Glisser Grosso modo, votre plan sélectionné va avancer ou reculer dans votre montage, ajoutant ou enlevant autant d’images aux plans situés avant et après lui. Si vous ne voyez pas vraiment ce que ça signifie… essayez ! Cela sera plus simple.
  • Grand retour de « l’ajustement audio relatif » pour un plan ou un groupe de plans. Cette fonction, très pratique et qui existait sur la version 7 de Final Cut Pro, permet de baisser ou d’augmenter le son d’un ou de plusieurs plans en gardant leur automation.
  • Voice Over (qui permet d’enregistrer des voix off) se voit attribuer de nouvelles fonctions bien pratiques. Tout d’abord, un petit décompte permet de vous préparer avant l’enregistrement. Ensuite, si vous refaites plusieurs fois la voix off, les différentes prises se mettront dans une Audition et resteront accessibles. On n’atteint pas encore la souplesse de feu-Soundtrack mais on s’en approche. En revanche, il n’est toujours pas possible de délimiter l’enregistrement de la voix off entre un point In et Out. Dommage mais pas mortel.
  • Toujours au rayon sonore, mais cette fois dans l’Inspecteur, un nouveau réglage pour le son 5.1 apparait : le surround de base. C’est un peu l’équivalent du réglage « centré » pour la stéréo. Il sert principalement de base (comme son nom l’indique) à la spatialisation du son que vous voudrez donner.

 

  • Un peu plus ésotérique, il est maintenant possible « d’éclater » une Audition pour récupérer tous les plans qui la composait. La prise principale de l’Audition se mettra sur le Scénario principal alors que les autres lui seront connectées. Là aussi, pourquoi pas, mais je n’aurais pas mis ça dans les priorités.

Une Audition normale, tranquille.La même mais éclatée

  • La synchronisation des plans a été un peu revue, elle aussi. Alors que jusque là, personne ne savait trop ce que Final Cut Pro X faisait lorsqu’il synchronisait une vidéo avec du son, il est maintenant possible de reprendre un peu les commandes et de choisir si on utilise la forme d’onde, le Timecode ou le marqueur pour synchroniser les deux plans. Mais surtout, le plan synchronisé hérite enfin du Timecode de la vidéo. Et ça, ça me fait dire qu’Apple écoute parfois nos remarques.

 

Effets/Titres/Transitions/Générateurs

Apple profite généralement des mises-à-jour de Final Cut Pro pour ajouter de nouveaux effets, titres et transitions. La version X.1.2 n’échappe pas à la règle et c’est une petite dizaine de ces éléments qui viennent grossir les rangs de leurs camarades déjà présents.

Ne les ayant pas tous utilisés encore, nous n’allons pas nous étendre là-dessus. Je vous invite donc à jeter un œil au blog (en anglais) d’Alex4D ou à la présentation vidéo de cette nouvelle version de Final Cut Pro sur yakyakyak pour plus amples détails.

Comme souvent, les effets, transitions ou textes peuvent paraître assez kitch ou de mauvais goût mais, avec un peu d’imagination (et un sens graphique qui me manque cruellement), il est possible d’en tirer des choses assez bluffantes. À essayer donc.

Un petit regret tout de même : il manque toujours les générateurs de Mire et de 1000Hz, un décompte, du bruit fractal (c’est toujours classe à dire) et des parasites.

Last but not least

Un peu cachées au fin fond du logiciel, quelques autres fonctions font leur apparition :

  • l’apparition d’une nouvelle saveur de l’Apple Pro Res appelé geekement Apple Pro Res 4444 XQ (pour eXtra Quality). Il est encore trop tôt pour que l’on sache vraiment la valeur de ce codec mais il semble prometteur. Certes, il est environ 50% plus lourd que la version Apple Pro Res 4444 simple, mais il préserverait les détails dans les basses et les hautes lumières et permettrait donc un contraste plus important, tout à fait en accord avec les capacités des nouvelles caméras qui affichent jusqu’à « 13 ou 14 diaph de diff » entre les zones les plus sombres et les plus claires.  D’ailleurs, le célèbre constructeur de caméras, Arri, a déjà annoncé que certaines de ses caméras enregistreraient dans ce codec. D’autres constructeurs pourraient suivre. Nous ferons un petit topo sur l’Apple Pro Res un de ces jours.
  • et, puisque l’on parle de caméra cinéma, Final Cut Pro X est capable d’appliquer tout un tas de LUT différentes sur les rushes issues de ces appareils, et sans l’aide d’un plug-in. Il suffit d’aller dans l’Inspecteur du plan et de choisir la présentation « réglages ». Là, le sibyllin menu « Traitement du journal » vous permettra de choisir le réglage adéquat pour retrouver les bon contrastes de vos plans. Ça, c’est bien.
  • Il parait que le logiciel s’ouvre bien plus vite quand une Bibliothèque est très volumineuse. Cela sera à vérifier à la longue.
  • L’analyse audio lors de la synchronisation se ferait plus rapidement et plus précisément.
  • Les exports en XDCAM 422 seraient également plus rapides.
  • Il n’y aurait plus de mouvement parasite dans l’animation d’un objet entre deux images-clés identiques.
  • Mettre les images-clé en linéaire ou en Bézier s’appliquerait aussi bien au mouvement qu’à la vitesse.

Conclusion

Dans la même journée, Apple a donc annoncé l’abandon de son logiciel de photo Aperture (qui n’avait plus le vent en poupe de toute façon) et mis à jour son logiciel de montage pour les professionnels (si si, les Avidiens, je vous promets). Le message était peut-être de calmer les esprits en expliquant bien que Final Cut Pro X continuerait d’évoluer. Mais, même si la version X.1.2 réserve des changements importants au niveau architectural et propose  quelques améliorations bienvenues, elle reste néanmoins mineure. Et, au risque de se répéter, il est temps qu’Apple propose enfin une version de son logiciel de montage qui exploite à fond ses nombreux concepts très prometteurs.

Final Cut Pro X.1.2 est un logiciel qui ne dit qu’une chose : « Come play with me ! ». Tout comme The Wedding Present (un des plus importants groupes anglais de tous les temps), en 1992, certainement inspiré par la puissance de ce logiciel.

http://www.dailymotion.com/video/xd1l7c